Le génie du sol vivant #02

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Des sols forestiers aux sols agricoles

Depuis que l’homme s’est mis à gratter le sol pour le cultiver, il a opposé dans un combat « civilisateur » la forêt et l’agriculture.

[…] Selon les estimations, à la fin du paléolithique, les forêts de feuillus couvraient de 65% à 90% des terres.
Ces milieux forestiers, et les biomasses importantes qu’ils génèrent, ne constituaient cependant pas des réservoirs de nourriture directement accessibles à l’homme ; d’où un nomadisme important, souvent saisonnier et une régulière insécurité alimentaire.

[…] Cela dit, pourquoi avoir choisir d’entrer en conflit avec la forêt plutôt que d’en apprécier la stabilité et de créer avec elle des rapports de synergie ?
La question restera sans réponse.

L’agriculture, socle de développement

Le seul nomadisme est incompatible avec une croissance démographique importante des sociétés humaines.

[…] Sauf à considérer la croissance démographique comme un tare, ce qui est contraire aux principes de fraternité, ce schéma [sédentarisation + agriculture] paraît incontournable.

[…] L’agriculture, comme facteur de progrès, aurait-elle pu s’imposer dans le respect de l’écosystème, plutôt que dans une lutte contre les équilibres vitaux de la nature ?

Les défrichements forestiers, un progrès ?

Pendant des millénaires, on aurait défriché par le feu, parce qu’on n’avait que des outils rudimentaires.

Certes, la cendre, minérale, peut constituer un engrais rapidement assimilable… Mais après ?
On l’observe malheureusement trop souvent encore aujourd’hui, le feu brûle la matière organique vivante, mais aussi la litière qui permet la régénération de l’écosystème. […] Malgré cela, la culture sur brûlis reste une technique largement pratiquée et l’un des principaux facteurs de dégradation des sols originels.

En brûlant la forêt (écobuage : « fertilisation » des terres en brûlant les mottes et les racines), les générations successives de défricheurs ont simplement nié le rôle primordial de l’arbre dans l’écosystème rural et dans la stabilisation des sols vivants et leur régénération.
Une erreur fondamentale.

Le sol, domaine des forces maléfiques et ultime demeure

En Europe occidentale, les « progrès » les plus spectaculaires de l’agriculture ont été accompagnés de défrichements importants qui ont eu raison du couvert forestier originel. Quid des forêts de chênes et de hêtres qui recouvraient hier la péninsule Ibérique ou la Gaule ?
Face à ce comportement civilisateur, il ne viendrait à l’idée de personne de prétendre que la déprise agricole et l’enfrichement qui s’ensuivent, signes précurseurs d’une reconquête de la forêt, puissent être un progrès ! C’est pourtant le cas, car sauf accident (incendie), c’est le seul scénario qui puisse permettre une reconstitution des sols détruits.

Cette symbolique lourde de sens [le sol comme lieu de notre ultime demeure mortuaire] ne doit pas être sous-estimée, elle explique en partie pourquoi l’agrologie mit tant de temps à initier une science encore malmenée : la pédogenèse […] qui ne se développa vraiment qu’au début du 19e siècle. [Soit 10 000 ans après les débuts de l’agriculture].

Énigmes et paradoxes

Puisqu’on a réservé les terres riches à l’agriculture et laissé les terres pauvres à la forêt, les champs devraient être fertiles sans apports tandis que les forêts, non amandées en azote, phosphore et potasse, devraient dépérir… Mais non.

Les terres agricoles fertiles, enrichies en engrais, se dégradent rapidement et produisent de moins en moins, pendant que les pauvres sols forestiers se régénèrent tout seuls, sans apport extérieur, et produisent de plus en plus de biomasse !

Basé sur la mise à disposition de minéraux directement assimilables par la plante, notre système de production s’avère efficace en utilisant des doses massives de produits d’origine synthétique (les intrants : engrais et pesticides), fabriqués à partir d’une énergie fossile non renouvelable : le pétrole.
Comme si cela ne suffisait pas, beaucoup de ces fameux intrants s’avèrent être des poisons pour l’environnement et pour notre santé. Leur courbe de consommation est si ascendante qu’elle inquiète, au point que le bilan énergétique de ces pratiques est considéré par les spécialistes comme « difficilement supportable ».
Si l’on ajoute à cela que ces mêmes pratiques, mondialisées, détruisent l’outil de travail des paysans de toute la planète, le sol, le constat est affligeant !

Pendant ce temps, la forêt, affranchie des contraintes physico-chimiques d’un sol pauvre, par le génie de la vie biologique du sol, croit et régénère les horizons fertiles de la Terre. La forêt utilise de l’énergie renouvelable, le soleil, et en produit, le bois et l’humus. Elle est capable de reconstituer en quelques années un sol fertile, apte à produire une biomasse abondante.

Une dalle de granit (naturelle) ou de béton laissée à l’abandon se recouvre en quelques mois de mousses et de lichens, puis d’un manteau végétal.
Confions la même surface à un agriculteur avec tout son arsenal productif et revenons quelques années plus tard, parions qu’il aura bien du mal à y faire pousser quoi que ce soit.
[…] Murs végétaux artificiels et culture hydroponique sont réalisés dans une telle débauche énergétiques qu’ils ne peuvent être considérés que comme des anecdotes technologiques.

Comment ne pas voir que les force vitales qui s’expriment autour de nous, si tant est qu’on leur en laisse la possibilité, sont le fait de phénomènes biologiques invisibles certes, mais ô combien plus efficaces que toutes nos pseudo-sciences réunies.
Des ferments biologiques, ou levain de micro-organismes, sont à l’origine de cette reconquête de la vie.

Il est toujours politiquement très incorrect de dénoncer le caractère rétrograde et suicidaire de cette agriculture dite moderne, qui nie l’infiniment petit, nous apprend à le craindre et à le détruire sans vergogne.

Cette section du livre se conclue sur la nécessité de passer d’une pratique qui dégrade les sols à une autre, dite aggradante, « copiant le modèle forestier […] en ménageant et en recréant les couches fertiles du sol ».

Sur un sol stable, normalement et constamment recouvert de végétation, les phénomènes de formations des sols sont plus actifs que ceux de l’érosion : le bilan organique est positif, le système est vertueux.

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Extraits de Le génie du sol vivant, Ferments d’une révolution agronomique, par Bernard Bertrand et Victor Renaud.
Je prends ces notes durant ma lecture : la première partie se trouve ici.

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