Le génie du sol vivant #01

Le génie du sol vivant, Ferments d’une révolution agronomique, est un livre écrit par Bernard Bertrand et Victor Renaud et publié par les éditions Terran, maison d’édition qui mériterait une présentation à part entière.

Afin de mieux ancrer sa lecture en moi, je vais transcrire ici les passages qui me marquent, me touchent, m’instruisent, et parfois les commenter.

Préambule

La vie du sol est base de toute productivité biologique et donc économique. Comme toute évidence, ce fait est occulté par beaucoup d’agronomes et de techniciens.
Sans doute la thèse paraîtra simpliste à ceux qui recommandent l’emploi de pesticides aux agriculteurs et jardiniers, alors que ceux-ci ne s’aperçoivent pas qu’ils sont les premières victimes d’un système dont ils ne sont plus les maîtres depuis longtemps… Sans doute l’assertion d’une terre vivante, levain d’une révolution biologique, va-t-elle provoquer une levée de boucliers de ceux qui prônent la fuite en avant et auront à cœur de s’exclamer : « Si la vie du sol était capable d’un tel miracle, ça se saurait ! ».
Ceux-là continueront de traiter cette matrice originelle avec indifférence et mépris ! Matrice, le mot est lâché… La Terre est par essence maternelle, féminine, c’est elle qui donne la vie…
Ce n’est pas un hasard si dans notre monde machiste, la Terre et la Femme jouissent toutes deux de bien peu de considération et doivent se battre pour simplement exister ! Arrêter de maltraiter l’une et l’autre, leur redonner à chacune la place qui est la leur, les honorer à nouveau, elles qui enfantent, reste le point de départ d’une révolution culturelle qu’il est urgent d’opérer.
Nous devons renouer avec cette conscience vitale que l’humanité est sortie de l’humus, matière féconde par excellence !
L’humus n’est pas sale, il est source de vie, nous y puisons nos racines.
On ne peut pas continuer de traiter la planète Terre, notre Mère au sens propre du terme, comme on le fait, l’évidence s’impose !
Pour autant, aujourd’hui le sentiment dominent reste l’envie de tout marchandiser, y compris ce qui ne doit pas l’être, le vivant, bien inaltérable !
Prolonger la situation actuelle est criminel, non seulement pour l’environnement, mais aussi pour les populations qui aspirent à un développement harmonieux.

À ce point de mon parcours, je suis moins en recherche de philosophie que d’aide concrète et de procédures à tester ou appliquer. Pourtant, je trouve cette mise au point introductive pertinente. J’y lis non seulement du féminisme, mais aussi de l’anticapitalisme, qui tous deux m’importent. Par la notion de crime, l’auteur laisse aussi la porte ouverte à la nécessaire contre-offensive, à la désobéissance, au sabotage. Ces sujets ne seront certainement pas plus au cœur de l’ouvrage que le féminisme, mais on aborde ainsi ce sujet du sol par une approche globale qui me satisfait nécessairement plus que d’autres. Avant d’agir, ou bien au contraire d’agir moins (en ne désherbant plus, par exemple), encore faut-il comprendre pourquoi, et rien de tel pour cela que de prendre du recul, d’obtenir si possible une vision d’ensemble. Établir ou rétablir certains principes fondateurs, certaines « évidences », aide à faire du lien.

Notre savoir instinctif est empirique ; autodidactes, nous revendiquons le droit au doute et à l’erreur comme source de progrès… En matière agricole, nous revendiquons aussi le droit pour tous à l’autonomie de production.

Je me méfie des savoirs instinctifs et empiriques, qui par auto-persuasion plus ou moins influencée, ou par l’auto-satisfaction liée au biais de confirmation, peuvent mener au pire et être une forme d’obscurantisme. Je pense notamment à la « biodynamie », escroquerie parmi tant d’autres. Peut-être est-il bien question dans cet extrait d’une forme d’incapacité à savoir jusqu’au bout ou à prouver, mais la phrase suivante évoque, comme par compensation, la méthode scientifique.
Éviter à tout prix les doctrines, les démarches ou modes d’emploi qui répondraient à tout et même à toutes les situations (de climat, de types de sol, etc). Comme l’agrochimie, la permaculture ou la biodynamie ne sauraient être des absolus auxquels se fier et se référer systématiquement. J’ai envie de comprendre, et d’essayer pour progresser. Cette envie de savoirs et ce besoin de pragmatisme pourraient paraître orthodoxes mais ne le sont pas : c’est le mode de fonctionnement de notre société qui est absurde et basé sur des inepties. À commencer par cette espérance, ou cette croyance, d’une augmentation perpétuelle de tout, y compris et surtout des profits, liée à l’absence de prise en compte de la finitude des ressources vitales et de notre espace de vie, de la biosphère.

Nous défendons l’idée que le jardinage ou l’agriculture bien pensée, s’appuyant sur l’autonomie de son écosystème, ne peut en aucun cas être synonyme de dépenses financières inconsidérées… Faire un jardin, en dehors de quelques outils et semences, peut ne rien coûter !
Le propos paraîtra provocateur, il est pourtant une des clés de la réussite…

De toute façon, ce sera ça ou rien, Bibi n’ayant pas les moyens. Mais ça me parle aussi parce que l’outil mécanisé, et a fortiori motorisé, me retire de l’autonomie. Les toilettes sèches ou le chauffage aux bûches sont certainement moins confortables que d’autres méthodes plus modernes ou conventionnelles, en ce qu’elles demandent d’agir régulièrement, mais autorisent aussi cette action. Je ne suis pas et ne veux pas devenir plombier, et j’aimerais bien aller le moins possible au magasin de bricolage ou de jardinage, comme j’évite depuis des années tous les commerces non alimentaires.

Quand la loi du marché impose une compétition aveugle et destructrice, c’est à l’individu de recréer les nécessaires solidarités qui protègent l’intérêt collectif… Les solidarités humaines bien sûr, mais aussi celles qui nous invitent à collaborer avec les force vives de la nature, celles-là même qui s’activent sous nos pieds !

Comme c’est bien dit. Et bardé de notions clés à mes yeux. Intérêt collectif qui prime, biens communs, solidarité(s). Et toujours pour faire le lien avec le sujet du bouquin.

Il faut dire aussi qu’elle donne de l’espoir, cette idée (naïve, ou prodigieuse ?) qu’on peut s’allier aux « forces vives de la nature » face au rouleau compresseur industriel.

Puisque, sur ce sujet, la communauté scientifique n’est pas entendue et ne peut l’être, c’est bien par une réappropriation du sol par quiconque entend le cultiver, que peut s’imposer une véritable alternative à l’industrialisation des techniques et des savoirs.
Seule la reconquête de ce patrimoine, dont il faut revendiquer la dimension inaliénable, pourra contrecarrer la honteuse mainmise sur le vivant qui se met en place actuellement.

Sans s’attarder plus avant sur la critique (qui n’est pas fertile en soi) de la situation actuelle, voilà qu’on passe de la philosophie à la politique, avec incitation à l’action, et radicale au sens noble du terme avec ça. Revendiquer. Revendiquer la propriété collective inaliénable. Tout un programme. Par l’occupation, l’occupation zadiste notamment ?
Est-ce que je lis entre les lignes, ou bien est-ce que j’applique au texte, en même temps que je lis et malgré moi, les concepts qui m’animent, ma « grille de lecture » anarchiste. [L’anarchisme, c’est très probablement pas ce que tu crois. Un tour par l’école du chat noir te le confirmeras].

Aujourd’hui, triste constat, les atteintes à nos libertés fondamentale sont si fortes qu’elles sont assurément à la veille de nous entraîner dans un chaos dont il est difficile d’imaginer les conséquences.

Pas tant que ça. Entre Mad Max et la seconde guerre mondiale, on a quelques outils (historiques ou fictifs) pour prévisualiser l’avenir.

Cette conscience doit aboutir au refus des manipulations et à une révolte active et non violente.

La non-violence serait une méthode louable si nous n’étions pas dès à présent compressés dans un déchaînement de violence dite légitime (policière comme économique, cf inégalités exacerbées) et organisée activement par les tenants du pouvoir, politique comme économique, lesquels trouvent une main d’œuvre bon marché chez les fascistes et leur police.
Mais bon, je rechigne moi-même à me mettre davantage en danger, alors déjà agissons. Notre couardise à tous ou presque nous perdra.

La suite et fin de ce préambule est un peu poncive (cet adjectivisation du substantif « poncif » n’existe pas, mais je l’utilise quand même). Elle tombe dans l’écueil de l’action individuelle (mais dans la mesure où elle vaut mieux que l’absence d’organisation collective (politique) efficace comme c’est le cas actuellement), ou du moins l’auteur tente-t-il de se convaincre que l’action et le changement individuels pourraient s’avérer payants, ce en quoi je ne crois plus. Mais c’est effectivement mieux que de ne rien faire, et plus simple pour commencer (mais nous approchons de la fin…).

Pédogenèse

Ensemble des processus chimiques et biologiques qui, en interactions les uns avec les autres, aboutissent à la transformation des sols.

J’aurais dit « levée du sol », ou plus simplement encore, « création du sol ». L’idée d’une fermentation du sol, d’un sol levain, me parle aussi.

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